Les choix de Carla

Les choix de Carla - Lara Dubreuil

Nicolas n’a pas vu son neveu depuis plus d’un an déjà. L’année dernière, sa sœur est décédée d’une leucémie, et Jacques son mari, s’est coupé de la famille. Leur dernière rencontre avait eu lieu le jour de l’enterrement. Nicolas était resté prostré sous l’abri soleil mural de la terrasse, à observer son neveu tout en se demandant ce qu’il deviendrait sans sa mère.

Jacques et Carla avaient vu naître leur unique enfant il y a trois ans seulement. Puis quelques mois après, la terrible nouvelle était tombée. Le diagnostic de la leucémie avait été posé assez froidement par le médecin, et les espoirs qui leurs avaient été donnés, étaient plutôt minces.

Carla avait décidé de profiter chaque jour de son mari et de son fils. Mais elle avait aussi choisi de s’éloigner des tensions familiales, des conflits interminables, et stériles qui lui avaient autrefois coûté tant d’énergie. Elle avait recentré ses intérêts et ses choix, en estimant qu’elle n’avait plus de temps à perdre. Elle voulait se sentir sereine et en accord avec elle-même. Et pour cela, elle avait dû tourner le dos à sa famille.

Carla et Nicolas n’avaient pas eu une enfance de tout repos. Leurs parents s’étaient séparés il y a plus de vingt ans, et ils avaient été chacun une monnaie d’échange, une menace, une pression pour le couple disloqué. Le respect ne faisait pas partie du mode de fonctionnement familial. Nicolas s’était construit sur ce modèle. Alors que Carla s’était construite à l’opposé.

Elle avait rencontré Jacques qui lui avait toujours montré beaucoup d’attentions, elle n’y était pas habituée et avait immédiatement compris ce qui lui avait terriblement manqué dans son enfance.

Alors que Nicolas avait quant à lui fait sa vie avec une femme à l’image de sa mère, possessive, caractérielle et souvent très exigeante. Julie savait aussi faire preuve de douceur et de compréhension, mais ce n’était toujours que pour mieux manipuler, parvenir à son but.

Carla s’était tenu le plus possible à l’écart de ses relations familiales conflictuelles. Mais elle avait continué, avec Jacques, d’assister aux réunions familiales incontournables, telles que les têtes de Noël ou de Pâques. Ou bien encore les anniversaires des uns et des autres.

Mais l’annonce de cette maladie avait tout changé. Carla ne voulait plus gaspiller son temps. Elle avait probablement senti l’urgence de la situation, et pour se protéger, elle avait choisi de s’éloigner de sa propre famille. Alors bien sûr, il fallut que ce soit la faute de quelqu’un, et c’est sur Jacques que fut reportée la culpabilité. Mais Jacques n’avait que faire de ce qui pouvait se raconter. Depuis l’annonce de la maladie, il avait consacré tout son temps à sa femme et son fils. Et après la mort de sa femme, comme elle, il décida de se tenir éloigné de sa belle-famille.