La peur de conduire

La peur de conduire - Lara Dubreuil

Si vous voulez vraiment savoir, j’ai mis un temps fou avant de me lancer dans la conduite. Après plusieurs échecs, j’ai enfin obtenu le précieux « permis ». L’indépendance n’a pas de prix, et j’en apprécie toute la saveur aujourd’hui. Il faut dire que mes débuts ont été des plus catastrophiques. Mon frère Sylvain, dans sa grande bonté, avait voulu m’apprendre à conduire. Entre deux fossés, la nuit. Vous connaissez peut-être ce que sont les grands frères, hurlements, cris hystériques et j’en passe, ont été les seules leçons que j’ai pu retenir ce jour-là.

Depuis, j’avais un complexe, au point de ne pas pouvoir tenir un volant dans les mains. Cependant, il fallait que je prenne mes responsabilités, en empruntant le chemin de la grande aventure de la vie d’adulte. Pour ce faire, je devais acquérir par tous les moyens, la manière de me libérer. Car quoique l’on dise, ne pas pouvoir utiliser une auto, c’est se mettre des barrières dans les roues… C’est joliment dit, non ?

Entre mon psy, le code, les cours, l'esthéticienne pour mes traitement acné, la pression était trop pesante. Tremblements, bafouillements, incertitudes, étaient mon lot quotidien. Lors de ma dernière leçon, il me semble que j’avais établi un piteux exploit. Comment vous dire. J’avais mis le feu, j’avais crevé, j’avais pleuré. C’était aussi simple que cela. Si on fait le tour, heureusement que l’éducateur avait les épaules solides et avait su trouver une solution pour chacun des ennuis précédemment exposés.

En ce qui concerne le feu, tout était de ma faute. J’avais pris la sale habitude, (je regrette tellement) de fumer quand je ne me sentais pas bien. Alors, j’avais insisté pour en allumer une petite dernière avant de débuter. En ayant fait tomber par inadvertance mon mégot, un semblant de flamme était apparu. J’avais dû donner de grands coups paniqués pour essayer de les éteindre. Le grand « manitou », avait eu le réflexe de vider sa bouteille d’eau sur mes pieds. Bien plus efficace, vous pouvez me croire. Pour la crevaison, nous avions fait changer un pneu, dans un garage où notre intervenant n’avait pas cessé de rire en se moquant de moi. Pour les pleurs, un réconfort et un calme olympien avaient su dompter mon terrible effroi.

J’ai entendu dernièrement sur le téléviseur, que des violences sont prodiguées régulièrement contre ces mêmes éducateurs qui prennent du temps pour nous apprendre à conduire. Je voulais donc laisser ce message en la mémoire de la personne qui s’était occupée de moi avec « brio ». Mes craintes ne sont plus et j’ai enfin obtenu mon permis de conduire.

Juste, je me permets de rajouter, laissez faire les professionnels. La famille et/ou amis peuvent provoquer de terribles accidents, physiques comme moraux. J’en suis la preuve vivante ! Merci et bonne lecture.