Bernadette et son petit chien

Bernadette et son petit chien - Lara Dubreuil

Dans notre quartier, tout le monde connaît Bernadette, une septuagénaire, qui se promène toujours avec son petit chien. Bernadette est très connue dans notre secteur, car elle n’a pas de mal à engager la conversation avec tout le monde. Durant mes courses hebdomadaires, je tombe toujours sur elle dans les rayons des produits animaliers. En fait, elle y cherche des aliments pour son chiot, qui n’arrête pas de grandir. Elle est très exigeante sur le choix des différents produits. Je constate qu’elle est vraiment très attachée à son chien. Un jour, en sortant du supermarché, je lui ai proposé de monter dans ma voiture et de la déposer chez elle. D’ailleurs, elle habite à quelques pâtés de maisons de chez moi. En arrivant sur les lieux, Bernadette m’avait offert un petit café dans son appartement. Dans le petit couloir menant à la salle de séjour, j’étais émerveillée en voyant les photos de son défunt mari qui ornaient les murs. Le mari de Bernadette était en fait, un vétéran de la guerre, et elle me racontait fièrement ses exploits pendant la Grande Guerre. Je remarquais également la photo d’une charmante fille à côté de la sienne. C’était sa fille unique, une esthéticienne qui habite à l’extérieur. Bernadette m’a raconté que ça faisait un bon moment que sa fille ne lui avait pas rendu visite. Et malgré qu’elle devait venir la semaine précédente, elle ne s’était présentée, prétextant qu’elle devait encore suivre une formation botox. Je comprenais alors que sa fille lui manquait, et elle comblait le vide avec son animal de compagnie. Après le café, je suis rentrée chez moi pour déposer mes provisions, et pour aller chercher mes enfants à l’école. Quelques jours plus tard, Bernadette frappa à ma porte, très affolée. En effet, elle n’avait pas vu son petit chien depuis la veille, lors de sa promenade habituelle dans le parc. J’ai alors essayé de la calmer, et je lui ai offert mon aide pour le retrouver. Comme elle était appréciée dans le quartier, les habitants nous ont également prêtés main-forte. Et certains commerçants du coin ont aussi accepté de placarder sur la devanture de leurs magasins d’avis de recherche. Malgré la mobilisation, nos efforts sont restés vains. Depuis, j’ai essayé alors de venir le plus souvent possible chez elle pour lui tenir compagnie. Je l’invitais aussi à faire ensemble nos courses, mais Bernadette semblait désespérer à cause de cette disparition. Donc, elle ne sortait plus comme avant. Quand j’achetais mes baguettes de pain, les commentaires fusaient sur l’attitude de Bernadette, car son absence était remarquable dans le quartier. Un après-midi, au supermarché, j’ai croisé Bernadette toute souriante. Je lui ai demandé si elle avait retrouvé son petit chien. Elle souriait en me répondant qu’elle a trouvé mieux, et elle m’a présenté sa fille. En effet, cette dernière venait de terminer ces études, et comptait bien ouvrir son propre salon d’esthétique dans le coin.